D’où vient le « crac » que l’on entend parfois lors des manipulations étiopathiques ?
- 19 janv.
- 5 min de lecture
Le bruit articulaire est sans doute l’un des éléments les plus impressionnants et les plus mal compris des manipulations manuelles.

Un son bref, sec, parfois sonore, qui peut surprendre ou inquiéter, et qui est souvent associé à des idées reçues :
« on m’a remis quelque chose en place »
« est-ce que ça a bougé ? »
« est-ce que ce n’est pas dangereux ? »
Et pourtant, ce bruit que l’on appelle communément le « crac » articulaire est aujourd’hui bien décrit sur le plan mécanique et physiologique, et ne correspond ni à un déplacement articulaire, ni à une usure, ni à une atteinte des structures.
Comprendre ce phénomène permet de se rassurer, mais surtout de changer de regard sur ce que fait réellement une manipulation étiopathique.
1. Ce que le « crac » n’est PAS
Avant d’expliquer ce qu’est le bruit articulaire, il est essentiel de clarifier ce qu’il n’est pas, car la majorité des craintes viennent d’interprétations erronées.
Lors d’une manipulation étiopathique :

aucune articulation n’est déplacée,
aucun os n’est « remis en place »,
aucune structure n’est forcée,
aucune articulation n’est rendue instable.
Les gestes réalisés restent strictement dans les amplitudes physiologiques normales de l’articulation concernée. En effet l’articulation n’est jamais forcée et le mouvement émis par le praticien se fait en douceur.
Il ne s’agit jamais de dépasser un seuil dangereux, mais au contraire de redonner de la mobilité à une articulation qui en a perdu.
Le bruit n’est donc ni la preuve d’un déplacement, ni le signe que « quelque chose était sorti de sa place ».
Mais qu’est ce que c’est ?
2. Comprendre l’articulation
Pour comprendre le bruit articulaire, il faut d’abord comprendre le fonctionnement d’une articulation synoviale, car ce sont elles qui sont concernées par ce phénomène.
Une articulation synoviale est composée de :
deux surfaces articulaires recouvertes de cartilage,
une capsule articulaire,
et un liquide synovial, dont le rôle est de lubrifier, nourrir et permettre un mouvement fluide.

Ce liquide n’est pas passif.

Il contient des gaz dissous , notamment du dioxyde de carbone, qui jouent un rôle central dans l’apparition du bruit.
Lorsqu’une articulation perd de la mobilité, les surfaces ont tendance à rester trop proches, ce qui limite le mouvement naturel.L’objectif d’une manipulation étiopathique est alors :
d’ouvrir momentanément l’articulation,
de restaurer une mobilité physiologique,
et de permettre au système articulaire de fonctionner à nouveau correctement.
Il s’agit d’un travail de mobilité, jamais de déplacement.
3. Le mécanisme réel du bruit : la tribonucléation
Le bruit articulaire entendu lors de certaines manipulations est expliqué par un phénomène appelé tribonucléation.
Ce qui se passe concrètement lorsque les surfaces articulaires sont séparées rapidement :
la pression à l’intérieur de l’articulation chute brutalement,
les gaz dissous dans le liquide synovial se regroupent,
une cavité gazeuse se forme instantanément.

C’est la formation de cette cavité qui produit le bruit.
Contrairement à une idée longtemps répandue, il ne s’agit pas de l’éclatement d’une bulle, mais bien de sa création.
Les études récentes, notamment de Kawchuk et al. (2015), ont montré que la tribonucléation est bien la cause la plus probable du « crac » articulaire. On voit bien à l’imagerie modernes ont permis d’observer ce phénomène en temps réel :la cavité apparaît au moment du bruit et reste présente après celui-ci, ce qui explique pourquoi le craquement ne peut pas être reproduit immédiatement.
4. Pourquoi le bruit ne se reproduit pas tout de suite
Après un « crac », il est souvent impossible de refaire craquer immédiatement la même articulation.
Cela s’explique par l’existence d’une période réfractaire :
la cavité gazeuse formée persiste,
tant qu’elle est présente, aucune nouvelle cavité ne peut se créer,
le bruit ne peut donc pas se reproduire.

Période réfractaire : temps nécessaire après un craquement pour que l’articulation puisse à nouveau produire un bruit, lié à la redissolution des gaz intra-articulaires.
Cela confirme que le bruit n’est lié :
ni à un frottement,
ni à une usure,
ni à un mécanisme destructeur.
Il s’agit d’un phénomène transitoire, réversible et non traumatique.
5. Le bruit n’est ni recherché, ni nécessaire

Un point essentiel mérite d’être clairement exprimé : le bruit n’est jamais un objectif en étiopathie.
Une manipulation peut être :
utile sans bruit,
efficace sans sensation spectaculaire,
parfaitement adaptée même en l’absence de « crac ».
Le bruit est un effet secondaire possible, mais en aucun cas un critère de réussite.
Ce qui compte réellement, c’est la pertinence du raisonnement et l’adaptation du geste.
Les craquements ou bruits articulaires peuvent également survenir dans la vie de tous les jours, parfois même sans s’en apercevoir, sans qu’ils aient un quelconque lien avec un soulagement ou une « douleur » du corps. Par exemple, les bruits comme les cliquetis des genoux, des doigts ou du dos peuvent se produire lors de mouvements du quotidien.
7. Pourquoi les manipulations étiopathiques sont sécurisées
La sécurité d’une manipulation ne repose ni sur la force, ni sur le bruit, mais sur le raisonnement clinique qui précède le geste.
En étiopathie, une manipulation n’est jamais un acte isolé.Elle s’inscrit dans une analyse logique, progressive et rigoureuse.
Avant toute intervention, l’étiopathe :
Analyse la situation globale du patient : Contexte, évolution du trouble, antécédents, symptômes associés.
Identifie les structures impliquées : Articulations, tissus, systèmes concernés, afin de déterminer s’il s’agit d’un trouble fonctionnel réversible.
Vérifie l’absence de contre-indications : Certaines situations ne relèvent pas de la manipulation (fracture, infection, atteinte inflammatoire sévère, pathologie neurologique ou vasculaire).
Dans ces cas, la manipulation n’est pas réalisée et une orientation médicale est proposée.
Adapte le geste au patient : Il n’existe pas de manipulation standard : chaque geste est ajusté à la morphologie, à l’âge, à la mobilité et à la situation spécifique de la personne.

Savoir ne pas manipuler fait pleinement partie de la pratique étiopathique.
Lorsque la manipulation est indiquée, le geste vise uniquement à :
restaurer une mobilité articulaire physiologique,
sans dépasser les capacités normales de l’articulation,
sans chercher à produire un bruit.
Le « crac » peut survenir, mais il reste un phénomène mécanique accessoire, et non le signe d’un geste forcé.
8. En résumé : faut-il avoir peur des craquements articulaires ?

Dans l’immense majorité des cas, la réponse est claire : non.
Le « crac » articulaire :
est un phénomène mécanique connu,
n’implique aucun déplacement articulaire,
n’abîme pas l’articulation,
n’est ni dangereux ni indispensable.
Comprendre ce bruit permet de le replacer à sa juste place : un phénomène impressionnant, mais bénin, lorsqu’il s’inscrit dans une prise en charge étiopathique réfléchie et adaptée.
Sources et références scientifiques
Kawchuk G.N. et al., Real-time visualization of joint cavitation, PLoS ONE, 2015.
Herzog W., The biomechanics of spinal manipulation, Clinical Biomechanics, 2019.
Unsworth A. et al., Cracking joints, Rheumatology, 1971.
McCoy G.F. et al., Noise from the knee joint, Arthritis & Rheumatism, 1987.
Cramer G.D. et al., The effects of spinal manipulation, Journal of Manipulative and Physiological Therapeutics, 2011.
Cleland J.A. et al., Manual therapy and joint manipulation, Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2007.
IFOMPT, International Cervical Spine Framework, 2020.
Pour joindre votre étiopathe, vous pouvez prendre rendez vous en ligne (lien) ou composer le 07 67 74 19 91.
Rendez vous au cabinet de Bordeaux : 101 rue André Lamandé !
À très bientôt !!



















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